L'abaque de solivage permet de déterminer la section de solive bois en croisant portée libre, entraxe et charge d'exploitation du plancher. Guide technique complet : tableaux, formules Eurocode 5, classes de résistance C18/C24, DTU 51.3 (NF P63-203-1, révision novembre 2004, produit par le CSTB) et exemples de calcul pas à pas.
Qu'est-ce qu'un abaque de solivage ?
Un abaque de solivage est un tableau de prédimensionnement qui croise trois paramètres d'entrée — la portée libre entre appuis, l'entraxe entre solives et la charge surfacique du plancher — pour délivrer directement la section de bois à mettre en œuvre. Les bureaux d'études et fabricants français établissent ces tableaux à partir de calculs conformes à l'Eurocode 5 (NF EN 1995-1-1). Ces abaques constituent l'outil de référence des charpentiers, maîtres d'œuvre et architectes en phase de prédimensionnement. Ils couvrent les configurations courantes de la construction bois résidentielle : portées de 2,5 à 6 m et entraxes de 340 à 515 mm.
En 2024, la construction bois représente 6,6 % du marché résidentiel neuf en France, avec un chiffre d'affaires de 4,6 milliards d'euros HT (Enquête Nationale Construction Bois 2025, CNDB / CODIFAB). La maîtrise du solivage bois est donc un enjeu technique central pour une part croissante des chantiers de logements neufs.
Portée, entraxe, section : les trois paramètres d'entrée
La portée libre est la distance nette entre les faces internes des deux appuis de la solive — mur porteur, poutre, linçoir. Elle ne se confond pas avec la distance entre axes des murs, ni avec la portée de calcul, légèrement supérieure. L'entraxe est la distance entre les axes de deux solives consécutives (et non l'espace libre entre leurs faces). L'entraxe doit être un sous-multiple des dimensions des panneaux OSB 3 ou CTB-H standard (1 200 × 2 400 mm), ce qui oriente vers des entraxes de 400 ou 600 mm.
La section est exprimée en largeur × hauteur en millimètres : 63 × 175, 75 × 200, 100 × 250. La hauteur de solive gouverne la raideur (le moment d'inertie I = b·h³/12 croît avec le cube de h). La largeur conditionne la résistance au cisaillement et la stabilité au déversement.
Les trois types de planchers et leurs hypothèses de charge
Les abaques de solivage distinguent trois configurations de charge, conformes aux prescriptions de la NF EN 1991-1-1 pour l'habitat :
120 kg/m² de charges permanentes + 120 kg/m² d'exploitation (incluant cloisons légères). Hypothèse de base pour tout logement avec cloisonnement.
120 kg/m² permanentes + 75 kg/m² exploitation. Applicable aux espaces ouverts sans cloisons non porteuses.
120 kg/m² permanentes + 55 kg/m² exploitation. Réservé aux mezzanines de faible occupation, abris habités et surfaces de rangement légères.
La règle du 20/8/40 : le prédimensionnement des maîtres bâtisseurs
Avant la généralisation des abaques numériques, les charpentiers dimensionnaient les solivages à partir de la règle du 20/8/40, transmise de compagnon à compagnon. Cette règle empirique reste cohérente avec les valeurs des abaques pour les planchers courants à 195 kg/m² et sert de contrôle rapide sur chantier.
Formule et application pas à pas
La règle du 20/8/40 repose sur trois relations directes :
- Hauteur de la solive (mm) = portée libre (mm) ÷ 20
- Largeur de la solive (mm) = entraxe (mm) ÷ 8
- Espacement des entretoises = 40 × épaisseur de la solive
Exemple pour une portée de 4 000 mm et un entraxe de 400 mm :
- Hauteur : 4 000 ÷ 20 = 200 mm
- Largeur : 400 ÷ 8 = 50 mm
- Section retenue : 50 × 200 mm
- Entretoises : 40 × 50 = 2 000 mm, soit une entretoise au milieu de la portée
Pour une portée de 5 000 mm, la hauteur ressort à 250 mm. Pour 3 000 mm, elle donne 150 mm. Ces valeurs sont directement lisibles dans les abaques pour planchers courants à 195 kg/m².
Exemple concret
Pour une maison ossature bois en Bretagne avec des portées de 4 m et un entraxe de 400 mm, la règle du 20/8/40 a orienté vers une section 50 × 200 mm, confirmée ensuite à 63 × 200 mm C24 après vérification ELS complète en raison d'un revêtement carrelé imposant L/400.
Limites d'utilisation de la règle du 20/8/40
La règle du 20/8/40 est calibrée pour des planchers courants à 195 kg/m². Pour des planchers à 240 kg/m² (avec cloisonnement), la relation portée-largeur passe à 20/5/40, donnant des solives plus larges pour la même hauteur. Au-delà de 4,5 m de portée, la vérification du confort vibratoire (fréquence propre > 8 Hz selon NF EN 1995-1-1 §7.3) s'impose et la règle empirique ne suffit plus. Un calcul de charpente bois selon l'Eurocode 5 reste indispensable dans ces configurations.
Abaques de solivage : tableaux complets par type de plancher
Les tableaux ci-dessous donnent la section minimale de bois résineux (épicéa, Douglas, sapin) en classe de résistance C18 à C24 selon la norme NF EN 338, pour trois configurations de charge. Les sections sont exprimées en largeur × hauteur (mm).
Abaque plancher courant 240 kg/m² (charges 120 + 120)
| Portée (mm) | Entraxe 340-360 mm | Entraxe 400-420 mm | Entraxe 495-515 mm |
|---|---|---|---|
| 2 500 | 38 × 150 | 38 × 175 / 50 × 150 | 38 × 175 / 50 × 150 |
| 3 000 | 63 × 150 / 38 × 175 | 63 × 175 / 38 × 200 | 63 × 175 / 38 × 200 |
| 3 500 | 50 × 200 / 63 × 175 | 50 × 200 / 75 × 175 | 63 × 200 |
| 4 000 | 63 × 200 | 75 × 200 | 75 × 225 |
| 4 500 | 75 × 225 | 75 × 225 | 75 × 250 |
| 5 000 | 75 × 250 | 75 × 250 | 100 × 250 |
| 5 500 | 100 × 250 | 100 × 250 / 75 × 280 | 100 × 280 / 75 × 300 |
| 6 000 | 100 × 280 / 75 × 300 | 100 × 280 / 75 × 300 | 100 × 300 |
Abaque plancher courant 195 kg/m² (charges 120 + 75)
| Portée (mm) | Entraxe 340-360 mm | Entraxe 400-420 mm | Entraxe 495-515 mm |
|---|---|---|---|
| 2 500 | 38 × 150 | 38 × 150 | 38 × 150 |
| 3 000 | 50 × 150 / 38 × 175 | 63 × 150 / 38 × 175 | 50 × 175 / 38 × 200 |
| 3 500 | 38 × 200 / 63 × 175 | 63 × 175 | 63 × 200 |
| 4 000 | 75 × 175 / 63 × 200 | 63 × 200 | 75 × 200 |
| 4 500 | 75 × 200 | 75 × 225 | 75 × 225 |
| 5 000 | 75 × 225 | 75 × 250 | 75 × 250 |
| 5 500 | 75 × 250 | 100 × 250 | 100 × 250 |
| 6 000 | 100 × 250 / 75 × 280 | 100 × 280 / 75 × 300 | 75 × 300 |
Abaque plancher léger 175 kg/m² — mezzanine (charges 120 + 55)
| Portée (mm) | Entraxe 340-360 mm | Entraxe 400-420 mm | Entraxe 495-515 mm |
|---|---|---|---|
| 2 500 | 38 × 125 | 38 × 150 | 38 × 150 |
| 3 000 | 38 × 150 | 50 × 150 / 38 × 175 | 38 × 175 |
| 3 500 | 38 × 200 | 63 × 175 | 63 × 175 / 50 × 200 |
| 4 000 | 50 × 200 / 63 × 175 | 75 × 175 / 63 × 200 | 63 × 200 |
| 4 500 | 63 × 200 | 75 × 200 | 75 × 225 |
| 5 000 | 75 × 225 | 75 × 225 | 75 × 250 |
| 5 500 | 75 × 250 | 75 × 250 | 100 × 250 |
| 6 000 | 100 × 250 | 100 × 250 | 75 × 300 |
Comment lire et interpréter ces abaques
La lecture d'un abaque de solivage suit une logique en trois temps :
- Identifier le type de plancher et sa charge surfacique totale (240, 195 ou 175 kg/m²)
- Repérer la ligne correspondant à la portée libre mesurée entre nus d'appuis
- Sélectionner la colonne correspondant à l'entraxe retenu (multiple des panneaux OSB 3 ou CTB-H)
Lorsque deux sections sont proposées (ex. 63 × 200 ou 75 × 175), le choix dépend de la disponibilité en scierie locale et de la hauteur structurelle disponible. La section 63 × 200 présente un moment d'inertie plus élevé (hauteur dominante) et donc une flèche plus faible à section de bois comparable. La section 75 × 175 sera préférée lorsque la hauteur de plancher est contrainte (hauteur sous plafond limitée, intégration de réseaux).
Les classes de résistance du bois et leur impact sur la section
Les abaques de solivage sont établis pour du bois résineux en classe de résistance C18 à C24 selon la norme NF EN 338. Utiliser du bois de classe C16 ou inférieure impose de remonter d'une ligne dans l'abaque, soit une section supérieure pour une même portée et un même entraxe.
C18, C24, C30 : définitions et valeurs mécaniques
La désignation C18, C24 ou C30 exprime la contrainte caractéristique de rupture en flexion fm,k en mégapascals (NF EN 338). Passer du C18 au C24 réduit le volume de bois nécessaire de 10 à 15 % pour une même portée — un gain économique et environnemental direct.
| Classe | fm,k (MPa) | E0,mean (GPa) | fv,k (MPa) |
|---|---|---|---|
| C18 | 18 | 9,0 | 3,4 |
| C24 | 24 | 11,0 | 4,0 |
| C30 | 30 | 12,0 | 4,0 |
Le C24 est la classe de référence pour le solivage résidentiel courant. Son module d'élasticité axiale E0,mean = 11 000 N/mm² intervient directement dans le calcul de la flèche. Le C18 reste acceptable pour des portées courtes (< 3,5 m) et des charges légères. Le C30 est réservé aux grandes portées ou aux situations de chargement élevé, mais son approvisionnement reste plus difficile en France.
Choisir la classe de résistance selon l'usage et la classe de service
La classe de service conditionne les coefficients de calcul à appliquer (Eurocode 5, NF EN 1995-1-1) :
- Classe de service 1 : local chauffé, humidité d'équilibre du bois ≤ 12 % — kmod = 0,8 pour les charges de courte durée en C24
- Classe de service 2 : local non chauffé, vide sanitaire ventilé, humidité d'équilibre ≤ 20 % — kmod = 0,9 pour charges permanentes
- Classe de service 3 : exposition aux intempéries — nécessite traitement en classe d'emploi 3.2 minimum
En vide sanitaire (CS2), les abouts de solives en appui doivent être traités en autoclave classe 3.1. Le taux d'humidité à la pose doit rester inférieur à 18 % conformément au DTU 51.3. La gestion de l'humidité interstitielle dans les parois d'ossature bois est traitée en détail dans notre guide sur les pare-vapeur et frein-vapeur.
Vérification de la flèche selon l'Eurocode 5
L'abaque de solivage donne une section validée par la flèche admissible. La vérification formelle selon l'Eurocode 5 (NF EN 1995-1-1) reste nécessaire pour toute portée > 4,5 m, tout plancher supportant un revêtement rigide (carrelage, pierre naturelle) ou tout projet soumis à contrôle technique. Le critère de service (flèches et vibratoire) est fréquemment le critère dimensionnant pour les structures bois, selon une étude CODIFAB/FCBA de 2022.
Flèche instantanée et flèche différée : formules et critères
La flèche instantanée d'une solive simplement appuyée sous charge uniformément répartie est :
où q est la charge linéique sur la solive (N/mm), L la portée (mm), E0,mean le module d'élasticité moyen (N/mm²) et I le moment d'inertie (mm⁴).
Le moment d'inertie d'une section rectangulaire b × h est :
La flèche différée intègre le fluage à long terme via le coefficient kdef selon la classe de service (Eurocode 5, tableau 3.2) :
Tableau des kdef par classe de service
| Produit | CS 1 | CS 2 | CS 3 |
|---|---|---|---|
| Bois massif, LVL, lamellé-collé | 0,6 | 0,8 | 2,0 |
| Contreplaqué | 0,8 | 1,0 | 2,5 |
| OSB 3 & OSB 4 | 1,50 | 2,25 | interdit |
L/300 ou L/400 : quand appliquer quelle limite ?
Planchers courants en situation quasi-permanente (limite de base Eurocode 5).
Plancher supportant des cloisons fragiles (plâtre, carrelage mural) ou un revêtement en carrelage céramique collé.
Plancher en pierre naturelle épaisse (dallage calcaire, granit), finitions très rigides.
Plancher avec faux plafond en plaques de plâtre (valeur courante dans les cahiers des charges de plusieurs fabricants).
La vérification de la fréquence propre (> 8 Hz selon NF EN 1995-1-1 §7.3) sort du domaine de l'abaque et requiert un calcul vibratoire spécifique selon l'Eurocode 5. Au-delà de 4,5 m de portée, cette vérification est systématiquement obligatoire.
Exemple de calcul pas à pas : solive 63 × 175 mm, portée 3,50 m
Données : solive 63 × 175 mm, bois C24 (E0,mean = 11 000 N/mm²), portée L = 3 500 mm, entraxe e = 500 mm, charge totale Q = 240 kg/m² = 2 400 N/m².
q = 2 400 × 0,5 = 1 200 N/m = 1,2 N/mm
I = (63 × 175³) / 12 = 28 093 750 mm⁴ ≈ 2,81 × 10⁷ mm⁴
winst = (5 × 1,2 × 3 500⁴) / (384 × 11 000 × 2,81 × 10⁷) ≈ 7,6 mm
L/300 = 11,7 mm | L/400 = 8,75 mm
Vérification à l'État Limite Ultime (ELU)
L'ELU vérifie que la contrainte de calcul en flexion ne dépasse pas la résistance de calcul du matériau. Pour un bois C24 en classe de service 1, sous charges de longue durée :
Contrainte de flexion : formule et vérification
Le moment fléchissant de calcul sous charge pondérée ELU (qd = 1,35·G + 1,5·Q) pour une solive simplement appuyée :
Le module résistant de la section rectangulaire : W = (b · h²) / 6
La contrainte de calcul en flexion : σm,d = Md / W ≤ fm,d
Pour les sections courantes des abaques en C24, cette condition est généralement respectée avant même l'optimisation par l'ELS de flèche, ce qui confirme que les abaques sont dimensionnés par la flèche, non par la résistance.
Vérification au cisaillement
La contrainte de cisaillement maximale dans une section rectangulaire vaut :
Pour un bois C24, fv,k = 4,0 N/mm² et fv,d ≈ 2,5 N/mm² après pondération. Cette vérification est rarement dimensionnante pour les solives sur portées courantes (< 5 m), mais devient critique pour les solives très courtes et chargées (< 2 m) ou en présence d'entailles en appui.
Sections commerciales disponibles en France
Les scieries françaises commercialisent les sections de bois structurel selon des gammes normalisées. La disponibilité varie selon les régions et les essences :
| Désignation | Section (mm) | Usage principal |
|---|---|---|
| Planche de coffrage | 27 × 150 à 200 | Coffrage, lambourde |
| Bois d'ossature | 38 × 89 / 38 × 140 / 38 × 184 | Ossature bois (SOB), solivette |
| Solivette | 45 × 145 / 45 × 195 / 45 × 245 | Ossature, solive légère |
| Bastaing | 63 × 150 / 63 × 175 / 63 × 200 | Solivage courant |
| Madrier | 75 × 200 / 75 × 225 / 75 × 250 | Grandes portées |
| Madrier fort | 100 × 250 / 100 × 280 / 100 × 300 | Portées > 5,5 m |
Le bastaing (63 × 175 mm en section canonique) et le madrier (75 × 225 mm) ont structuré la pratique du solivage en France pendant plus d'un siècle. Ces deux sections répondent à la majorité des configurations résidentielles : portées de 3 à 5 m, entraxes de 400 à 500 mm, planchers courants à 240 kg/m². Depuis les années 2000, la généralisation du sciage sec et classé C24 dans les scieries françaises a permis des ajustements de section plus fins, réduisant le volume de bois mis en œuvre de 10 à 15 % par rapport au C18.
Mise en œuvre du solivage selon le DTU 51.3
Le DTU 51.3 (NF P63-203-1, novembre 2004, CSTB) « Planchers en bois ou en panneaux à base de bois » encadre la mise en œuvre des planchers porteurs sur solivage bois. Il fixe les exigences minimales de pose, de recouvrement, d'humidité et de disposition des éléments de plancher.
Appuis, recouvrements et humidité des bois
Le DTU 51.3 impose un recouvrement minimal de 18 mm des panneaux de plancher OSB 3 ou CTB-H sur les solives, avec un appui sur au minimum trois solives pour les panneaux de longueur standard. Les solives elles-mêmes doivent reposer sur leurs appuis avec un encastrement d'au moins 70 mm, porté à 90 mm en appui sur maçonnerie ancienne pour limiter le risque de pourriture d'about. Le taux d'humidité du bois à la pose doit rester inférieur à 18 % pour éviter les retraits différentiels et les déformations après mise en œuvre.
Entretoises et contreventement horizontal
Les entretoises (sections 38 × 50 mm minimum) sont clouées ou vissées perpendiculairement entre les solives : en mi-portée pour les portées < 4 m, et à chaque tiers pour les portées > 4 m. Elles ont deux fonctions : empêcher la rotation des solives sous charge concentrée (risque de déversement) et répartir les charges ponctuelles entre plusieurs solives adjacentes. Le plancher sur solivage peut assurer une fonction de contreventement horizontal de la structure si les panneaux OSB 3 ou CTB-H sont posés avec joints croisés, fixés aux solives de rive et reliés aux murs porteurs par des cornières ou des bandes métalliques perforées.
Acoustique des planchers bois entre étages
Le plancher bois sur solivage présente une valeur Ln,w courante de 70 à 80 dB sans traitement — moins performante que le plancher béton sur les bruits de choc. La solution combine une chape sèche à inertie (2 × 12,5 mm de plâtre ou béton allégé) sur sous-couche résiliente (liège, laine de roche haute densité ≥ 25 mm, ΔLw ≈ 19 dB), et un plafond désolidarisé sur suspentes antivibratiles. Ces dispositions permettent d'atteindre les exigences de l'arrêté acoustique du 30 juin 1999 pour les logements neufs : ΔLw ≥ 17 dB et DnT,A ≥ 53 dB.
Désordres courants et comment les anticiper
Flèche excessive et vibrations
La flèche excessive est le désordre le plus fréquent sur les solivages sous-dimensionnés. Elle résulte soit d'une section insuffisante par rapport à la portée et aux charges réelles, soit d'un fluage non anticipé (kdef négligé, bois de CS2 calculé en CS1). Le bureau d'études peut corriger par doublage vissé-collé d'une solive jumelle, ou par ajout d'une sous-poutre centrale divisant la portée par deux.
Les vibrations de plancher interviennent principalement sur les portées > 4,5 m avec des entraxes larges (> 500 mm) et une masse surfacique faible. L'ajout d'entretoises en mi-portée, le renforcement de la liaison plancher-solives et l'augmentation de la masse du plancher (chape sèche) sont les trois leviers techniques pour remonter la fréquence propre au-dessus du seuil de confort de 8 Hz.
Pourriture d'about et humidité interstitielle
La pourriture d'about touche les solives dont les extrémités en appui sur mur extérieur ou sur mur humide captent l'eau par capillarité. La durée de vie d'un plancher bois en classe de service 1 correctement traité dépasse 50 ans selon les conditions de durabilité du DTU 51.3. Trois dispositions préventives s'imposent : coupure capillaire par feutre bitumé ou néoprène en appui, ventilation des abouts par une lame d'air de 10 mm, traitement autoclave classe d'emploi 3.1 sur les abouts. L'humidité d'équilibre du bois en œuvre doit rester en dessous de 20 % pour éviter tout développement de champignons lignivores.
FAQ technique — Abaque de solivage
Quelle section pour une solive avec une portée de 5 m et un entraxe de 50 cm en plancher d'habitation ?
Pour un plancher courant à 240 kg/m² avec un entraxe de 495-515 mm et une portée de 5 000 mm, l'abaque donne une section de 100 × 250 mm en C24. Cette valeur doit être vérifiée en ELS (flèche L/300) et en ELU si des charges ponctuelles importantes sont prévues.
La règle du 20/8/40 est-elle suffisante pour un permis de construire ?
Non. La règle du 20/8/40 est un outil de prédimensionnement empirique, non une justification réglementaire. Tout projet soumis à contrôle technique ou dépassant 4,5 m de portée exige une note de calcul Eurocode 5 établie par un bureau d'études structure. Pour les calculs de surface à déclarer, consultez notre guide du calcul de surface de plancher.
Peut-on utiliser du bois C16 pour un solivage de plancher ?
Oui, mais une hauteur de solive supérieure de 15 à 20 % par rapport aux valeurs C24 s'impose, en raison d'un module d'élasticité E0,mean = 8,0 GPa contre 11,0 GPa pour le C24.
L'entraxe de 60 cm est-il compatible avec les panneaux OSB 3 standard ?
Un entraxe de 600 mm est un sous-multiple de la largeur des panneaux OSB 3 de 1 200 mm. La compatibilité est assurée. Toutefois, à cet entraxe, la flèche des panneaux eux-mêmes entre solives doit être vérifiée selon les prescriptions du DTU 51.3 et de la fiche technique des panneaux.
Quelle est la différence entre portée libre et portée de calcul ?
La portée libre est la distance nette entre les faces internes des appuis. La portée de calcul, légèrement supérieure, intègre la position des réactions d'appui à l'intérieur de l'appui. Les abaques utilisent la portée libre. Pour un calcul Eurocode 5 rigoureux, la portée de calcul est prise comme la portée libre augmentée d'une fraction de la profondeur d'appui.
Comment savoir si mon solivage existant peut supporter une charge supplémentaire (carrelage, cloison) ?
Le diagnostic nécessite un relevé précis de la section, de la portée, de l'entraxe et de la classe de résistance des solives existantes. Un calcul ELS compare la flèche prévisionnelle augmentée avec la limite L/400 sous carrelage. La présence de désordres visibles (flèche apparente, craquements, déflexion différentielle) impose une vérification structurelle avant tout ajout de charge.
Glossaire technique
- Abaque de solivage
- Tableau croisé portée/entraxe/charge donnant directement la section de bois à retenir.
- Bastaing
- Solive en résineux de section 63 × 150 à 200 mm, section historique de référence du solivage courant.
- Classe de service
- Classification Eurocode 5 des conditions d'humidité ambiante influençant les coefficients kmod et kdef.
- CSTB
- Centre Scientifique et Technique du Bâtiment, organisme producteur des DTU.
- DTU 51.3
- Document Technique Unifié NF P63-203-1 (novembre 2004, révision en cours), encadrant la mise en œuvre des planchers en bois ou panneaux dérivés.
- ELU / ELS
- États Limites Ultime et de Service, deux niveaux de vérification mécanique selon l'Eurocode 5.
- Entraxe
- Distance entre axes de deux solives consécutives (≠ espace libre entre faces).
- Eurocode 5
- Norme européenne NF EN 1995-1-1 de conception et calcul des structures en bois.
- kdef
- Coefficient de fluage de l'Eurocode 5, dépendant de la classe de service (CS1 : 0,6 ; CS2 : 0,8 ; CS3 : 2,0 pour bois massif).
- kmod
- Coefficient de modification tenant compte de la durée de charge et de la classe de service.
Sources
- NF EN 1995-1-1 (Eurocode 5) — boutique.afnor.org
- NF EN 338 (classes de résistance bois) — boutique.afnor.org
- DTU 51.3 (NF P63-203-1, novembre 2004) — cstb.fr
- NF EN 1991-1-1 (charges d'exploitation) — boutique.afnor.org
- Arrêté acoustique du 30 juin 1999 — legifrance.gouv.fr
- FCBA — Révision des DTU, 2020
- CNDB / CODIFAB — Enquête Nationale Construction Bois 2025, activité 2024
- CODIFAB — Étude Critère de Service Eurocode 5, 2022




