Dans une ferme de charpente traditionnelle, l'entrait, l'arbalétrier et le poinçon appartiennent au réseau principal. Leur confusion génère des erreurs de lecture sur plan, des devis imprécis et des diagnostics structurels mal orientés. L'entrait est la pièce horizontale basse, l'arbalétrier la pièce rampante inclinée, le poinçon la pièce verticale centrale.
Le triptyque forme l'ossature de base d'une ferme triangulée. Deux arbalétriers montent vers le faîtage, l'entrait ferme le triangle à sa base, le poinçon relie le sommet au centre de l'entrait. Cette organisation distribue les charges de couverture vers les appuis sur murs gouttereaux. Les fermes traditionnelles couvrent généralement des portées de 6 à 12 mètres, régies par la norme NF DTU 31.1 pour la charpente en bois massif.
Les trois pièces en un coup d'œil
- Base horizontale : entrait — travaille en traction
- Côté incliné : arbalétrier — travaille en compression
- Axe vertical central : poinçon — suspend et stabilise
Quelle pièce correspond à l'entrait dans une ferme ?
L'entrait compose la base horizontale de la ferme. Ses extrémités reposent sur les murs gouttereaux ou leurs zones d'appui. Sa mission première consiste à réunir les pieds des arbalétriers et à empêcher leur écartement.
Sur le plan mécanique, l'entrait travaille en traction. Cette sollicitation en traction distingue l'entrait d'une poutre classique, soumise principalement à la flexion. Dans une ferme ancienne, un entrait affaibli, fendu ou mal assemblé perd sa fonction de tirant et laisse les arbalétriers pousser latéralement sur les murs gouttereaux.
Section théorique de l'entrait en résineux : 140 × 200 mm
Section théorique de l'entrait : 120 × 220 mm
Où se place l'arbalétrier dans la charpente ?
L'arbalétrier est la pièce rampante principale de la ferme. Il suit la pente du versant, se solidarise à une extrémité de l'entrait en partie basse et au sommet du poinçon en partie haute. Cette pièce reçoit les charges venues des pannes et de la couverture.
Son travail dominant relève de la compression. C'est la grande différence mécanique avec l'entrait. Le lecteur qui confond arbalétrier et chevron mélange deux échelles de structure : la ferme porte la toiture, le chevron répartit localement la couverture.
Sections courantes d'arbalétrier (ferme 6 à 8 m de large)
De 120 × 180 mm à 140 × 220 mm selon la portée et les charges de couverture.
À quoi sert le poinçon au centre de la ferme ?
Le poinçon est la pièce verticale centrale de la ferme. Il relie entrait et arbalétriers sur l'axe du faîtage. Il participe à la suspension du centre de l'entrait et à la rigidité d'ensemble de la ferme.
Le poinçon se repère facilement sur chantier : c'est la seule pièce verticale médiane qui monte vers la jonction des arbalétriers. Il reçoit aussi des assemblages secondaires, avec contre-fiches, liens ou éléments de stabilisation selon le type de ferme.
15 × 15 cm
20 × 20 cm
25 × 25 cm
Pour les fermes de portée inférieure à 8 mètres, une section rectangulaire débitable dans les mêmes dimensions que les arbalétriers est acceptable.
Différence mécanique : traction, compression, suspension
La distinction la plus nette tient dans les efforts internes. L'entrait tire, l'arbalétrier pousse, le poinçon suspend et stabilise. Cette formulation convient à un glossaire, mais un chantier de rénovation demande une lecture plus fine des nœuds et des sections.
Une ferme garde sa forme triangulée tant que les assemblages restent sains et que la descente de charges reste cohérente. Une entaille trop profonde, un embrèvement fatigué ou un boulonnage inadapté réduisent la section résistante et déplacent les efforts dans les mauvaises zones.
Règle de l'embrèvement
La profondeur d'un embrèvement ne doit pas dépasser le tiers de la section de la pièce receveuse, sous peine de fragiliser l'about.
Charges en partie haute de la ferme
La zone haute de la ferme, désignée "poids haut", regroupe couverture, pannes et têtes d'arbalétriers. Les charges verticales descendent par les arbalétriers vers les appuis, tandis que le poinçon organise la liaison centrale et soulage le milieu de l'entrait dans les configurations concernées. Les pannes sont espacées de 0,8 m maximum selon la fiche technique charpente bois du Ministère de la Transition écologique.
Dans un comble ancien, un désordre repéré en partie haute ne renvoie pas toujours à la seule pièce visible au faîtage. Une fissuration du poinçon peut coexister avec un défaut d'assemblage entrait-arbalétrier ou une compression localisée en tête d'arbalétrier. La lecture correcte passe par la ferme complète, pas par une pièce isolée.
Assemblages entre entrait, arbalétrier et poinçon
Les assemblages traditionnels par embrèvement associent une découpe mâle sur l'arbalétrier à une entaille femelle dans l'entrait ou le poinçon. Un double embrèvement est recommandé lorsque la pente des arbalétriers est faible (15 à 30°).
L'assemblage entrait-arbalétrier et l'assemblage entrait-poinçon concentrent une part majeure de la sécurité de la ferme. Une section trop entaillée fragilise l'about, favorise le fendage et dégrade la transmission des efforts. En restauration, le moisage, le boulonnage raisonné ou la reprise locale des bois exigent un diagnostic structurel préalable, conformément aux prescriptions de la NF DTU 31.1.
Erreurs de vocabulaire fréquentes sur devis et chantier
Le mot entrait remplace parfois à tort "poutre", "panne" ou "tirant" sans précision. L'arbalétrier se voit confondu avec un chevron, tandis que le poinçon se voit nommé "poteau central". Ces confusions de vocabulaire paraissent mineures, mais elles brouillent la nature des charges et la hiérarchie des pièces.
Pour éviter cette dérive, repérez la ferme avant de nommer la pièce :
- → Base horizontale : entrait
- → Côté incliné : arbalétrier
- → Axe vertical central : poinçon
Diagnostic rapide d'une ferme ancienne
Une visite de combles commence par le repérage des trois pièces principales et de leurs assemblages. Cherchez :
- Une flèche anormale de l'entrait
- Des fissures près des nœuds d'arbalétrier
- Un jeu dans les assemblages du poinçon
- Des traces d'humidité ou d'attaque xylophage
Une ferme ancienne peut rester stable malgré des gerces superficielles. En revanche, un assemblage ouvert, un pourrissement d'appui ou un entrait qui ne joue plus son rôle de tirant appellent une expertise de charpente. Pour aller plus loin sur les critères de diagnostic, la fiche technique charpente bois publiée par le Ministère de la Transition écologique constitue une référence de terrain accessible.
Questions fréquentes
Un entrait est-il une poutre ?
Non. L'entrait appartient à la ferme et travaille d'abord en traction pour empêcher l'écartement des arbalétriers. Une poutre classique travaille principalement en flexion.
L'arbalétrier porte-t-il les pannes ?
Oui. C'est la pièce rampante principale supportant la toiture : il reçoit pannes et couverture et les transfère vers les appuis.
Le poinçon est-il toujours vertical ?
Dans la définition classique de ferme traditionnelle, oui. C'est la pièce centrale verticale reliant entrait et arbalétriers.
Une ferme possède-t-elle toujours ces trois pièces ?
La ferme traditionnelle courante s'appuie sur ce noyau, mais des variantes existent (ferme à entrait retroussé, ferme Polonceau) avec d'autres configurations.
Quelle pièce empêche les murs de s'écarter ?
L'entrait. Sa fonction de tirant bloque l'ouverture des pieds d'arbalétriers et, par conséquent, la poussée sur les murs gouttereaux.
Glossaire technique
- Entrait
- Pièce horizontale basse de ferme, travaillant en traction ; section courante 120×220 à 160×260 mm selon portée.
- Arbalétrier
- Pièce rampante principale de ferme, chargée en compression ; section courante 120×180 à 140×220 mm.
- Poinçon
- Pièce verticale centrale reliant entrait et arbalétriers ; sections carrées standards 15×15, 20×20 ou 25×25 cm.
- Embrèvement
- Assemblage par entaille entre deux pièces de bois ; profondeur n'excédant pas le tiers de la section receveuse.
- Ferme
- Ensemble triangulé principal d'une charpente traditionnelle, portée courante 6 à 12 m (NF DTU 31.1).
- Mur gouttereau
- Mur longitudinal recevant les appuis de la toiture.
- Faîtage
- Ligne haute de rencontre des versants de toiture.
- Contre-fiche
- Pièce secondaire de décharge entre poinçon et arbalétrier ; section minimale 8×15 cm selon prescriptions du Ministère de la Transition écologique.




