Le bois fait son entrée dans nos salles de bain. Certaines essences supportent l'humidité constante sans broncher, et les nouveaux traitements techniques les rendent encore plus résistantes. Trois critères guident le choix : la résistance naturelle du bois, sa classification selon les normes en vigueur, et les finitions qui protègent vraiment les zones mouillées. Voici un panorama complet qui passe au crible les bois exotiques (teck, ipé, cumaru), les européens (châtaignier, chêne, robinier) et les solutions techniques récentes (bois thermomodifiés, bambou densifié).
Le bois face à l'humidité
Comment le bois réagit à l'eau
Le bois absorbe l'humidité de l'air et la rejette en cherchant un équilibre qui varie entre 8% et 18% selon l'essence et le climat ambiant. Sa stabilité dimensionnelle, c'est sa capacité à ne pas trop gonfler ou se rétracter quand le taux d'humidité change.
Les bois lourds, ceux qui dépassent 850 kg/m³, bougent moins. Les résineux légers, eux, se déforment davantage. Le retrait perpendiculaire aux cernes atteint souvent le double du retrait dans le sens des cernes, créant des tensions internes qui font gauchir le matériau.
La thermomodification réduit fortement l'hygroscopie en transformant la structure chimique des hémicelluloses. Les essences traitées gagnent en stabilité.
Les classes d'emploi selon la norme
La norme NF EN 335 établit cinq niveaux selon l'exposition à l'humidité et aux risques biologiques :
- Classe 1 : intérieur sec (humidité <18%)
- Classe 2 : intérieur parfois humide sans eau stagnante
- Classe 3 : extérieur hors sol exposé aux intempéries (3.1 séchage rapide, 3.2 humidification longue)
- Classe 4 : contact permanent avec l'eau ou le sol
- Classe 5 : immersion en eau de mer
Dans une salle de bain, les zones recevant des projections directes demandent au minimum du classe 4. Les zones sèches se contentent de classe 2 ou 3.
L'importance de la densité et de la ventilation
La densité d'un bois influence directement sa résistance en milieu humide. Les essences denses limitent la porosité et freinent la pénétration de l'eau dans les cellules.
La VMC maintient l'humidité relative sous 70%, le seuil critique qui favorise les champignons. L'arrêté du 24 mars 1982 modifié impose un débit minimal de 15 m³/h en utilisation faible et 60-90 m³/h aux moments de pointe.
Les bois exotiques qui résistent
Le teck, valeur sûre des pièces d'eau
Le teck d'Asie du Sud-Est renferme des oléorésines et de la silice qui bloquent l'eau. Avec sa densité de 650-700 kg/m³ à 12% d'humidité, il reste stable.
Son bois de cœur brun-doré affiche une durabilité naturelle classe 1 face aux champignons et aux termites. Le teck encaisse sans traitement les projections de douche, les plans vasques et les caillebotis.
Son prix grimpe entre 80 et 150 €/m² pour un parquet massif de 15mm d'épaisseur. Le teck grisaille naturellement sous les UV. Les meubles en teck massif traversent plusieurs décennies intacts. Un huilage chaque année préserve la patine chaude.
Ipé, cumaru, iroko : le haut de gamme
L'ipé, qu'on surnomme "bois fer", pèse entre 950 et 1100 kg/m³. Sa dureté Janka atteint 3680 N. Ce bois sud-américain classe 5 résiste à l'immersion prolongée, ce qui explique son usage pour les pontons et terrasses marines.
Le cumaru affiche des caractéristiques proches avec une densité de 1000-1100 kg/m³. Sa teinte brun-rouge réchauffe l'ambiance. L'iroko, appelé "teck africain", coûte 60-70% du prix du teck asiatique tout en garantissant une classe 4 naturelle.
Ces trois essences exigent un pré-perçage systématique pour les vis à cause de leur densité élevée. Elles développent une patine argentée naturelle sans traitement fongicide.
| Essence | Origine | Densité | Classe | Prix | Durabilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Teck | Asie SE | 650-700 kg/m³ | Classe 1 | 80-150 €/m² | >25 ans |
| Ipé | Amérique Sud | 950-1100 kg/m³ | Classe 5 | 90-180 €/m² | >40 ans |
| Cumaru | Amérique Sud | 1000-1100 kg/m³ | Classe 4-5 | 75-140 €/m² | >30 ans |
| Iroko | Afrique | 650-750 kg/m³ | Classe 4 | 55-110 €/m² | >20 ans |
Leur composition chimique explique leur résistance
Les bois exotiques doivent leur durabilité naturelle à des molécules protectrices spécifiques : oléorésines (teck), silice cristalline (ipé), déoxylapachol (cumaru), chlorophorine (iroko).
Ces molécules empêchent les champignons de se développer, comme l'ont montré les études du FCBA. Une densité anhydre au-delà de 850 kg/m³ réduit la porosité et limite l'eau libre dans les cellules.
Les bois européens résistants
Le châtaignier classe 4
Le châtaignier français atteint naturellement la classe 4 grâce aux tanins hydrolysables de son bois de cœur. Sa densité de 550-600 kg/m³ facilite l'usinage. Son rapport qualité-prix séduit : 45-70 €/m² pour un parquet massif.
Deux précautions s'imposent : retirer totalement l'aubier clair (peu durable) et éviter tout contact avec les métaux ferreux pour prévenir le noircissement. Les tanins hydrosolubles du châtaignier peuvent provoquer des auréoles brunes sur le carrelage en cas de contact avec l'eau stagnante.
Le chêne rouvre et pédonculé
Le chêne affiche une durabilité naturelle classe 3-4. Sa densité de 700-750 kg/m³ garantit une structure dense. Idéal pour les plans de travail vasques et parquets contrecollés. Ses tanins réagissent avec l'eau calcaire et génèrent des taches grisâtres, réversibles par ponçage.
Le chêne thermochauffé à 210°C améliore la stabilité dimensionnelle de 40-50% mais assombrit la teinte vers un brun-chocolat.
Le robinier faux-acacia
Le robinier constitue le bois européen le plus dur. Il présente une durabilité naturelle classe 4 et une résistance exceptionnelle aux agents biologiques. Son bois jaune-vert évolue vers le brun-miel.
La thermomodification transforme les résineux
Le procédé haute température soumet le bois à une cuisson entre 180°C et 230°C. L'hygroscopie diminue de 40-60%. La classe 4 est atteinte à 210-230°C. Le douglas thermochauffé à 210°C transforme un résineux classe 3.1 en bois classe 4. Le frêne thermochauffé remplace le wengé africain.
Le bambou densifié
Le bambou densifié (strand woven) résulte d'une compression hydraulique de fibres imprégnées de résine. Sa densité (900-1200 kg/m³) surpasse le chêne. Il est imputrescible et affiche une stabilité dimensionnelle exceptionnelle. Attention toutefois à la qualité des colles (classe D4 requise) pour éviter le délaminage.
Choisir selon les zones
Zone humide directe (Douche, baignoire)
Exige impérativement des essences classe 4 minimum : Teck, Ipé, Cumaru, Iroko, Acacia thermochauffé.
Zone humide indirecte (Plan vasque, sol)
Autorise des essences classe 3.2-4 : Chêne, Châtaignier, Bambou densifié, Mélèze.
Zone sèche (Rangements hauts)
Tolère des essences classe 2-3 : Frêne, Merisier, Noyer, Douglas naturel.
Finitions et entretien
- Huile dure et saturateur : Pénétration microporeuse, aspect naturel, entretien annuel ou bisannuel.
- Lasure hydrofuge : Protection filmogène, dure 4-6 ans, mais peut s'écailler.
- Vernis polyuréthane : Étanchéité maximale, très résistant, mais bloque la respiration du bois et jaunit avec le temps.
Questions fréquentes
Le teck massif nécessite-t-il une finition en salle de bain ?
Le teck supporte les projections sans traitement grâce à ses oléorésines naturelles. Un huilage annuel conserve cependant sa teinte chaude et prévient le grisaillement.
Peut-on poser du parquet bambou avec chauffage au sol basse température ?
Le bambou densifié tolère le chauffage ≤28°C grâce à sa stabilité dimensionnelle exceptionnelle. La pose flottante reste recommandée.
Quelle classe d'emploi minimale pour un meuble sous-vasque ?
La classe 3.2 minimum convient théoriquement, mais la classe 4 reste préférable pour la durabilité.
Le châtaignier noircit-il systématiquement en salle de bain ?
Uniquement au contact de métaux ferreux. Utilisez de la visserie inox A2 ou A4 pour éviter ce problème.
Comment éviter le délaminage du bambou ?
Choisir un produit avec colle D4 certifiée pièce humide et éviter la stagnation d'eau prolongée.




